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THOMAS HIRSCHHORN / 2002-2004

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THOMAS HIRSCHHORN, Musée Précaire Albinet, 2004

Artiste plasticien, né en 1957 à Berne (Suisse), vit et travaille à Aubervilliers.


Invité dès 2001 par les Laboratoires à réaliser un projet dans la ville d’Aubervilliers, Thomas Hirschhorn a entre-temps installé son lieu de travail dans la ville même, ce qui a conditionné la teneur particulière de son projet, comme “projet de voisinage”. Le projet, énoncé en 2002, projetait la mise en oeuvre d’un "musée précaire" au pied d’une barre d’immeuble dans le quartier du Landy à Aubervilliers. Le Musée Précaire Albinet avait pour objectif d’exposer des oeuvres clés de l’histoire de l’art du XXe siècle, en partenariat avec le Centre Pompidou et le Fonds National d'Art Contemporain, en impliquant activement les habitants du quartier dans toutes les phases du projet. Ce projet s’est fondé sur l’amour de l’art et la foi dans l’idée que la rencontre individuelle avec l’oeuvre d’art peut changer la vie. Avec le désir de faire partager cette conviction à des personnes qui, pour des raisons essentiellement sociales, économiques et culturelles, n’y ont pas accès, le projet de déplacer ainsi des oeuvres majeures dans une cité à la périphérie de la capitale montrait que l’art est une question qui peut concerner chaque individu. Préparé activement entre novembre 2002 et le printemps 2004, le projet du Musée Précaire Albinet s’est déroulé pendant 12 semaines (du 29 mars au 18 juin 2004, incluant la construction et le démontage), la construction réalisée avec les habitants du quartier incluant une salle d’exposition, une bibliothèque, un atelier de travail et une buvette, dans un espace vert investi pour l’occasion. Au total, 20 oeuvres originales prêtées par le Musée National d’Art Moderne (Centre Pompidou) et 10 multiples prêtés par le Fonds National d’Art Contemporain ont été exposés, à l’occasion des 8 expositions successives consacrées à Kasimir Malevitch, Salvador Dali, Le Corbusier, Piet Mondrian, Fernand Léger, Marcel Duchamp, Joseph Beuys et Andy Warhol. Avec l’idée d’éprouver la présence des oeuvres en tant que principe actif, un événement différent venait quotidiennement rythmer la vie du lieu : montages des expositions, vernissages, repas communs, et, en lien avec chaque exposition, conférences menées par des historiens de l'art, débats ouvrant sur des questions socio-politiques contemporaines, ateliers de pratique artistique pour enfants, ateliers d’écriture pour adultes animés par des écrivains, ainsi que des sorties culturelles organisées dans des lieux relatifs à chacune des expositions. Ce projet a associé plus d’une quarantaine d'habitants du quartier, rémunérés pour participer à la construction et au fonctionnement du Musée, et a notamment inclus un important programme de formation à destination d’une quinzaine de personnes, entre 18 et 25 ans, qui ont été plus particulièrement impliqués et responsabilisés dans le processus complet du Musée Précaire.
 

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A propos
Musée Précaire Albinet de Thomas Hirschhorn


« Hirschhorn donne une raison très simple à la rigidité du programme du Musée: son travail doit « produire » chaque jour quelque chose. « Ce n’est pas passif – un patrimoine : les oeuvres sont là pour développer une activité.» Le concept de patrimoine – un ensemble de « biens », matériels ou non, hérités de et appartenant à une personne ou un groupe de personnes, mais le plus souvent liés à l’État – est très précisément mis en question par le Musée Précaire. Les habitants du Landy ne sont pas simplement invités à se réapproprier les oeuvres, à aller les voir dans leur propre quartier, à regagner, même temporairement, une légitimité qui leur est généralement déniée. Ils sont surtout invités à diriger et surveiller une institution dans laquelle ces oeuvres sont montrées. Ce sont eux qui ont construit le Musée Précaire, qui, en amont, ont été formés au Centre Pompidou à la sécurité, au transport et à la médiation des oeuvres, qui ont géré la buvette et généré ainsi un peu d’argent. Ce sont eux qui ont monté, démonté et surveillé le Musée, et endossé, non sans quelques scrupules, la responsabilité de son «succès», comme le montrait clairement leur attitude vis-à-vis des visiteurs. Aussi peut-on imaginer le regard, nourri d’un sens actif d’engagement collectif, qu’ils posent sur les oeuvres présentées. Le travail fourni au Musée, rémunéré ou non – et quoi que les habitants en tirent, quand bien même il s’agirait juste de s’asseoir dehors à la buvette – élargit leur définition de la notion de spectateur, la définit comme une forme essentiellement « participationnelle », loin de l’acceptation passive d’un patrimoine, forme convenue de regard proposée par l’institution. »

Extrait du texte « Les Utopies précaires de Thomas Hirschhorn», par Rachel Haidu in Le Journal des Laboratoires, n°3, décembre 2004.

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